Le retour des politiques commerciales protectionnistes sous l’ancien président américain Donald Trump — en particulier l’imposition de tarifs douaniers sur l’acier, l’aluminium et potentiellement une large gamme de produits européens — a envoyé des ondes de choc à travers l’économie mondiale. Si ces mesures posent des défis immédiats, elles offrent aussi à l’Europe une opportunité cruciale de renforcer sa souveraineté économique, de stimuler la demande interne et de promouvoir une culture valorisant les produits fabriqués au sein de l’Union européenne (UE).
L’impact immédiat : tensions économiques et réévaluation stratégique
La stratégie tarifaire de Trump a déjà commencé à affecter les marchés mondiaux. Les analystes prévoient un ralentissement économique significatif, avec Mark Zandi de Moody’s estimant à plus de 50 % le risque d’une récession mondiale en 2025, en grande partie en raison des tensions commerciales croissantes. Les secteurs comme la fabrication et l’agriculture sont particulièrement vulnérables, risquant des pertes d’emplois massives et une contraction économique.
L’Europe est particulièrement exposée du fait de sa forte dépendance vers les États-Unis (exportations qui ont atteint 502,3 milliards d’euros en 2023). Les industries clés comme l’automobile, la machinerie et la chimie, qui représentent près de 90 % des exportations de l’UE vers les États-Unis, font face à des menaces majeures. L’Allemagne, l’Italie et l’Irlande, en tant que principaux exportateurs, pourraient subir des revers économiques substantiels.
Le leadership européen : une réponse unie et stratégique
Face à ces défis, les dirigeants européens ont insisté sur l’unité et l’action stratégique. Le président français Emmanuel Macron a averti que l’UE devait renforcer sa compétitivité pour éviter l’obsolescence, plaidant pour des investissements massifs et une simplification des réglementations. Avec la chancelière allemande Olaf Scholz, il a souligné la nécessité pour l’Europe de résister aux pressions économiques externes.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé un profond regret face aux tarifs américains, les qualifiant de préjudiciables tant pour les entreprises que pour les consommateurs. Elle a annoncé des contre-mesures proportionnées, incluant 26 milliards d’euros de tarifs sur les produits américains, tout en restant ouverte à des négociations pour résoudre les différends commerciaux.
Europe is ready to negotiate with the US.
— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) April 7, 2025
We have offered zero-for-zero tariffs for industrial goods.
Because we're always ready for a good deal.
But we’re also prepared to respond with countermeasures.
And protect ourselves against indirect effects through trade diversion. pic.twitter.com/hpZ77TXH4B
Saisir l’opportunité : renforcer le « Made in EU » et la sensibilisation des consommateurs
Bien que les effets immédiats des tarifs américains soient difficiles, ils servent aussi de catalyseur pour que l’Europe renforce ses fondations économiques. Cette situation offre une opportunité de promouvoir le label « Made in EU », encourageant les consommateurs à soutenir les industries locales et à réduire la dépendance aux marchés extérieurs.
Des études récentes indiquent une volonté croissante des consommateurs de privilégier les produits européens. Une enquête de la Banque centrale européenne (BCE) menée en mars 2025 a révélé que les consommateurs de la zone euro sont prêts à renoncer aux produits américains si des tarifs sont imposés, même si les prix augmentent. Les répondants ont été interrogés sur leur volonté de chercher des alternatives face à des tarifs américains de 5 %, 10 % ou 20 %, potentiellement accompagnés de représailles de l’UE. La volonté médiane de substitution était remarquablement élevée, avec un score de 80 sur 100 sur l’échelle de substitution. Les changements de préférence étaient le principal moteur pour 43,7 % des participants, devant les prix plus élevés (38,1 %). Les ménages à revenu élevé montraient une tendance plus marquée à changer. Seulement 8,9 % ont mentionné un manque d’alternatives, en particulier dans des secteurs comme les services numériques. La BCE a conclu que le comportement des consommateurs pourrait différer significativement des modèles traditionnels dans ces circonstances.
Les plateformes de réseaux sociaux jouent un rôle clé dans la promotion des produits européens. Des campagnes mettant en avant les artisans locaux et les pratiques de fabrication durables gagnent en popularité, et des communautés comme BuyfromEU sur Reddit voient leur activité croître.

De plus, la Commission européenne soutient activement des campagnes visant à promouvoir les produits agricoles de l’UE. Ces initiatives visent à améliorer la compétitivité du secteur agricole de l’Union et à augmenter la consommation de produits agricoles européens. Elles utilisent souvent la signature « Enjoy, it’s from Europe » pour sensibiliser à la qualité et à la durabilité des produits de l’UE.
Conclusion : transformer les défis en leviers de croissance
L’imposition de tarifs américains sous l’administration Trump pose indéniablement des défis majeurs pour l’Europe. Cependant, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, y voit un moment charnière pour le continent. Elle souligne que c’est l’occasion pour l’Europe de « prendre notre destin en main » et d’entamer une « marche vers l’indépendance » dans divers secteurs, y compris la finance, la technologie, la défense et l’énergie.
Dans ce contexte, des initiatives comme OriginEU.quest deviennent essentielles. En aidant les Européens à identifier les marques et produits fabriqués au sein de l’UE par des entreprises européennes, ces plateformes permettent aux consommateurs de faire des choix éclairés. Cela soutient non seulement les économies locales, mais renforce aussi la souveraineté et la résilience économiques de l’Europe face aux pressions extérieures.
En relevant ces défis et en les transformant en opportunités de croissance, l’Europe peut tracer la voie vers un avenir économique plus autonome et robuste.
